3 GAY PRIDE TURKEY

Un drapeau arc-en-ciel brandi devant des policiers lors de la Marche des fiertés, interdite par les autorités locales, dans le centre d'Istanbul, le 26 juin 2022. © Reuters / Dilara Senkaya

 

Une offensive d’une ampleur inédite au niveau de la Turquie contre les personnes LGBTIQ+ a débuté dimanche matin 13 septembre en Turquie. Dans l’obscurité de l’aube, les autorités turques ont lancé une vague coordonnée de perquisitions et d’arrestations visant les organisations, les militant.x.es et les défenseur.x.ses des droits humains et des libertés de choix en matière de sexualité. Le nombre exact de personnes interpellées reste inconnu, mais en moins de 24 heures il dépasse déjà 160 personnes. Des poursuites judiciaires ont d’ores et déjà été engagées contre 162 « suspects », 9 associations et 13 entreprises a annoncé le ministre de la Justice turque.

 Le choix de la date est glaçant : à l’occasion du 46e anniversaire du coup d’État militaire du 12 septembre, les sites internet et les comptes sur les réseaux sociaux de nombreuses organisations LGBTIQ+, de médias indépendants, de collectifs étudiants, de défenseur.x.ses des droits humains et de militant.x.es ont été saisis.

À partir de 1 heure du matin, dans la nuit du 12 au 13 septembre, les opérations se sont étendues à quinze provinces, notamment Ankara, Mersin, Kuşadası, Istanbul et Izmir. Partout le même schéma se reproduit : les associations LGBTIQ+, les militant.x.es, les défenseur.x.ses indépendant.x.es des droits humains, ainsi que certains établissements et lieux de travail, sont pris pour cible. Des domiciles ont été perquisitionnés avant l’aube. Des portes ont été forcées. À Istanbul, même les locaux d’organisations apportant un soutien vital aux personnes vivant avec le VIH ont été investis.

Cette opération porte le nom cynique de « Ma famille est en sécurité » (Ailen Huzurunda, en turc). Elle s’inscrit dans le cadre d’un plan proclamé par Erdogan « pour contrer la natalité et protéger l’institution familiale » comme le rappelle Libération dans un article publié le 13 septembre, « l’homosexualité n’est pas réprimée pénalement en Turquie mais l’homophobie y est largement répandue jusqu’au sommet de l’État. »

Il ne s’agit pas de protéger les familles. Il s’agit d’une campagne coordonnée d’intimidation et de répression dirigée contre les personnes LGBTIQ+, leurs organisations, leurs allié.x.es et toutes celles et tous ceux qui défendent les libertés fondamentales. Alors que les opérations sont toujours en cours, les militant.x.es attendent dans la peur, sans savoir qui sera la prochaine cible.

Nous appelons de toute urgence les organisations internationales de défense des droits humains, les élu.x.es, les syndicats, les organisations de la société civile, les journalistes et toutes les personnes attachées à l’égalité et à la liberté à agir dès maintenant et à prendre publiquement position. Exigeons la libération immédiate des personnes détenues et l’arrêt des perquisitions. Le silence ne protégera pas les personnes attaquées. Il ne fera qu’encourager la répression.

À quelques jours d’une nouvelle audience du procès de Pinar Selek, sociologue, écrivaine et militante pour la défense des droits de la communauté LGBTIQ+, le 18 septembre à Istanbul, cette violente action policière à l’encontre des droits humains ne peut que renforcer notre détermination à dénoncer ce nouvel acte autoritaire du pouvoir turc à l’encontre de son peuple.

Tant que toutes les femmes et personnes LGBTIQ+ ne seront pas libres, en Turquie ou ailleurs dans le monde, nous resterons en marche. Solidarité !